31 mai 2013

[Chronique] Promise - Ally Condie

Lecture en français
Paru le : 7 avril 2011
Lecteur: Jeunesse
Genre : Dystopie
Saga?: Oui
Nombre de pages: 424
Éditeur: Gallimard Jeunesse
L'auteur:

Résumé: 
Dans la société, les Officiels décident. Qui vous aimez. Où vous travaillez. Quand vous mourrez. 

Mon avis:

Parfois une magnifique couverture et une excellente quatrième de couverture cachent une lecture ennuyeuse et banale. Nous voilà encore avec une dystopie où dans une société futuriste et autoritaire une héroïne se rebelle. Du déjà vu. Et de là à dire que c’est la nouvelle trilogie à lire absolument après Twilight et Hunger Games… permettez-moi cette expression débile : Non mais allô quoi ? Rien à voir. En gros c’est juste pour faire vendre… un livre qui ne sort pas du lot.

 
La couverture représente bien ce tome. Cassia est dans sa petite bulle, protégée du monde crée par la Société, mais elle se rend compte peu à peu de ce qui se trame, d’où les mains posées sur les parois – un début de rébellion; puis la couleur dominante du vert, en rapport avec le Banquet du personnage et la Nature.

L’écriture est simple, descriptive, pleine de vérités et très poétique. Ce dernier aspect est parfois plaisant mais le récit reste en général fade et prévisible. De plus, l'histoire se déroule lentement, quasiment rien ne se passe, même si la fin de chaque chapitre donne au lecteur envie de passer au suivant. On a aussi l’impression de survoler l’histoire. Où sont la tension et l’aventure si caractéristiques des dystopies ? Il n’y a pas d’action. La rébellion commence tard du coup on est obligé de se coltiner les rencontres amoureuses sur la colline tout du long. Malgré l'épaisseur de l'objet et tous les points négatifs cités dans cette chronique, il se lit vite.

L’auteure met trop de temps à mettre en place son monde. L’organisation de la Société reste floue. On ne sait quasiment rien à son sujet. De plus, on a du mal à se représenter les lieux, que ce soit la ville ou les Provinces. La seule chose que l’on sait est que les Officiels contrôlent tout, des repas aux œuvres artistiques – brûler les œuvres d’art et textes qu’ils qualifient d’interdits, ça me révolte ! –, du choix du partenaire à la date de sa propre mort. Les responsables savent tout sur la vie de chacun en détails via des données qu’ils collectent sur chaque individu grâce à des implants. Ils les manipulent aussi via des pilules que chacun doit toujours porter sur soi. Ce qui n’a pas l’air de trop déranger les personnages. Vive la liberté ! L’idée de départ est bonne –  cette absence de choix, cette question de liberté et la remise en question de notre société, sur ce qui est bon pour nous ou pas – mais elle est mal exploitée ici.

Il y a bien une chose qui m’a plût cependant : l’évolution de la technologie qui, malgré son usage pour manipulations – seule chose plus ou moins excitante – et décisions non appropriées, a su éradiquer les cancers, par exemple. Si on pouvait en arriver là pour tout ce qui est cancers, MST et autres maladies graves et mortelles, ce serait le top !

Tout tourne autour de Cassia et ses réflexions de gamine. On a parfois envie de la secouer. Certes, quand on a grandi trompée par son gouvernement et qu’on est restée bien au chaud chez soi aimée de sa famille, on ne va pas vraiment chercher plus loin. Mais quand ça saute aux yeux, faut se bouger ! Une fois passé sa naïveté, je l’ai un peu plus appréciée, mais juste un peu alors, car ce revirement soudain et son nouveau statut d’héroïne ne m’ont pas convaincue. La petite fille sage qui pense qu’à son couplage, qui est confortablement installée dans sa maison, bien tranquille, est sensée bouleverser l’organisation de son pays ? Please ! Heureusement que des personnages tels que ses parents ou son grand-père relèvent le niveau. Ces trois étaient juste géniaux et avaient une extraordinaire force de caractère. L’histoire aurait dû se centrer sur eux, à mon avis. On aurait eu droit à plus d’intrigues, de personnages intéressants et d’actions. Bref.

Enfin, on se retrouve avec une sorte de triangle amoureux prenant la quasi-totalité de la place dans le roman, le personnage principal ayant déjà fait son choix – l’autre étant juste le meilleur ami servant de bouche-trou. Mon avis sur les deux prétendants : j’adore Xander, pour son amour, son calme et sa loyauté. Il n’est pas mis en avant mais joue un rôle déterminent. Le pauvre a droit à « c’est mon meilleur ami, qu’est-ce que je ferai sans lui », et après, pouf, à la trappe. Pour un autre. Ky est le typique gars mystérieux, qu’on croyait hors de portée, qui est sensible, bla bla bla. Même si j’ai aimé les petites attentions que Cassia et Ky avaient l’un pour l’autre – ah c’est beau l’amour ! – je me suis un peu « fait chier » pendant la lecture. Pourtant je suis toujours pour les histoires d'amour, même gnangnans!

Je ressors de cette lecture déçue. Ce livre ne se démarque pas vraiment du genre et ne m’a pas marqué. S’il est sensé nous donner envie de lire une saga, c’est raté. Cependant, la fin relève le niveau et présage une bonne suite, voilà pourquoi je lirai la suite – car j’aime finir les sagas commencées –, sans trop non plus en attendre des masses.

Quelques citations:

« Vous pensez qu'il n'y a rien parce que nous ne résistons pas. Mais les mots qui sont dans nos têtes, personne ne peut les voir. » p. 238

« Parce que c'est à nous de faire nos propres choix. » p. 413



La saga:

27 mai 2013

Ecrire un livre, mode d'emploi: Les conseils d'Elif Shafak


Un article paru hier (26 mai 2013) sur le site The Telegraph nous offre les conseils d'Elif Shafak, auteure turque née en à Strasbourg, sur la manière d'écrire un livre. Onze règles à prendre au pied de la lettre ou non. Je vous laisse en juger par vous même avec cette traduction personnelle. 


1. Écrire est synonyme de solitude. C’est choisir l’introversion à l’extraversion, de passer des heures/jours/semaines/années isolés au fun et à la sociabilité. Les écrivains peuvent aimer les bons potins ou une soirée dingue de temps à autre, mais écrire et le centre de notre vie reste 
de la solitude pure. 

2. La seule façon d’apprendre à écrire est d’écrire. Le talent, aussi plaisant que cela puisse sonner, ne représente pas plus de 12% du processus. Travailler constitue 80%. Les 8% restants sont de la « chance » ou « zeitgeist », en gros, rien que nous puissions contrôler.

3. Lisez. Lisez beaucoup. Mais ne lisez pas seulement les mêmes auteurs. Si possible, lisez beaucoup et de tout. La fiction ne peut pas être réduite à une activité.

4. Écrivez le livre que vous aimeriez lire. Si vous aimez ce que vous écrivez (ce qui ne veut pas dire que vous ne souffrirez pas en l’écrivant), il y a de grandes chances que les lecteurs ressentent la même chose en le lisant. S’il n’y a pas d’amour entre l’auteur et le livre, il n’y aura pas d’amour entre le lecteur et l’histoire.

5. Ne soyez pas effrayé par la dépression. Elle fait partie de l’aventure. Mais n’idéalisez pas la dépression. Traitez la comme une amie libre d’esprit et peu fiable qui va et vient à sa guise.

6. Ne soyez pas indulgent avec vous-même. Coupez. Détruisez. Révisez. Effacez des pages entières. La mauvaise prose est comme une mauvaise relation. N’y devenez pas accro juste parce qu’elle vous est familière. Laissez-la.

7. Cependant, ne soyez pas impitoyable avec vos personnages. Ne les prenez pas de haut. Notre boulot n’est pas de les juger mais de les comprendre et aider d’autres personnes à les comprendre. L’empathie est le mot clé.

8. Peu importe ce que vous faites, ne parlez pas du livre que vous êtes en train d’écrire. Cela impliquerait un déjeuner avec votre agent ou éditeur plutôt gênant. Lorsqu’ils vous demandent sur quoi vous travaillez, prenez une petite gorgée de vin et prononcez quelques mots, assez étouffés pour ne pas leur donner d’indices mais assez intéressants pour éveiller leur curiosité sans pour autant déranger les pouvoirs mystiques de l’univers… Bonne chance !

9. Oubliez les lecteurs. Oubliez les critiques. Oubliez tout le monde. En fait, oubliez qu’il y a un monde dehors.

10. Il n’existe pas de blocage chez l’écrivain. Cependant, si vous êtes en panne d’inspiration, allez à Istanbul, passez quelques jours dans le chaos de la ville. Observez, écoutez, donnez à manger aux mouettes, sentez-vous ratatiné et grandi à la fois.

11. Enfin, ignorez toutes ces règles que je viens de vous donner. Il n’y a pas de règles pour écrire. C’est ça qui est beau. C’est une liberté et nous ne devrions laisser personne nous la prendre.   

Une dernière règle bien vraie. Shafak n'est pas la première à le dire. Une autre auteure avait prodigué le même conseil lors d'une interview (je ne saurai vous dire qui, j'en suis tellement que je me perds). Et je suis sûre que bien des auteurs seront d'accord avec ce propos. 

Dur de s'y fier tout de même car, après tout, connaissez-vous des auteurs qui travaillent de la même façon pour écrire leurs livres? Certains vont dans des cafés, comme notre chère Rowling. D'autres écrivent sur leur téléphone comme Lauren Oliver. Puis il y en a qui écrivent au bord de leur piscine à Bali, comme Sarah Alderson. Enfin, certains préfèrent rester chez eux et trouver l'inspiration auprès de leurs collègues, comme Richard Castle...

Enfin bon, ils partagent le même avis sur un point précis: écriture et solitude pourraient presque rimer...

En ce qui me concerne, je suis plutôt d'accord avec les numéros 2, 3, 4 et 5, mais serais plus du genre à vous dire foncez, faites ce qui vous passionne et le reste viendra! Et vous, qu'en pensez-vous?

24 mai 2013

[Chronique] L'Héritage Jenna Fox - Mary E. Pearson

Lecture en français
Paru le : 1er septembre 2011
Lecteur: Jeunesse
Genre : Science-Fiction
Saga?: Oui
Nombre de pages: 400
Éditeur: Les Grandes Personnes
L'auteur:

Résumé: 
Il fut un temps où ils étaient trois... Jenna Fox croyait avoir mis fin au calvaire de ses meilleurs amis, physiquement détruits lors d'un même accident, en se débarrassant des sauvegardes de leurs esprits.
Pourtant, après 260 ans passés dans le noir, Kara et Locke s'éveillent dans des corps tout neufs. Dans un monde qui n'est plus le leur, dont ils ne savent rien, et où tous ceux qu'ils ont un jour aimés ont disparu. Tous sauf Jenna Fox.
Désireux d'échapper aux griffes de l'inquiétant Dr Gatsbro, leur sauveur et geôlier, les deux adolescents se lancent dans une course-poursuite effrénée à travers une Amérique futuriste, bien décidés à retrouver Jenna. Ils ne peuvent en effet oublier qu'elle a vécu heureuse pendant toutes ces années, tandis qu'ils erraient à en devenir fous dans leurs prisons virtuelles... 

Mon avis:

    Tout comme le premier tome de la saga, Jenna Fox, pour toujours, L’héritage Jenna Fox est un véritable coup de cœur. Le style d’écriture, le format et la texture des pages sont toujours aussi agréables. J’ai accroché dès le début, tant par l'objet lui-même que par l’histoire. Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vite. Attention, je n’ai que du bien à en dire !

    Tout dans cette histoire me plaît : les personnages – même les méchants, le point de vue de la narration – c’est un garçon qui raconte, le monde futuriste, la description des paysages et les différents lieux. Le monde futuriste crée par l’auteure est une pure merveille. Puis la couverture, un peu fade au départ, prend tout son sens et devient plus belle.

    L’écriture est simple, les phrases sont courtes et les chapitres font entre deux et huit pages. Parfait pour le lâcher à tout moment – même s’il est quasi-impossible de lâcher ce livre, du moins pour ma part. Beaucoup de rebondissements vous attendent : des trahisons, des personnages en vadrouille, en fuite, en errance, emprisonnés – mentalement ou contre leur gré, attaqués dans toutes sortes de lieux. Même les retrouvailles et autres drames vous plairont. Tout est si bien orchestré. Il y a beaucoup plus d’action que dans le tome 1, mais je dois dire que même les passages les plus tranquilles m’ont captivée.

    J’ai complètement adoré le futur conçu par Mary E. Pearson. C’est facile à imaginer, crédible, tellement créatif et complet – dans le sens où on a toutes les informations. Il est tellement détaillé et original. On s’imagine à bord des trains, des autoroutes ; on doit faire avec les robots qui vivent parmi nous et la nouvelle scission du pays. J’aime, j’aime, j’aime ! D’ailleurs il y a aussi le côté explicatif qui m’a plu. Dans une autre chronique je parlais d’un manque cruel dans les dystopies : le passé, le pourquoi du comment on en est arrivé là. Dans L’Héritage Jenna Fox, l’auteure nous éclaire. Certes, par le biais des personnages tels que Miesha ou Jenna, mais voilà, on en apprend plus et je suis sa-tis-faite ! C'est ce qui le différencie, ce qui fait de ce livre un livre futuriste et non dystopique. Ce mini retour dans le passé est parfait. Il fait d’ailleurs le lien avec le présent du livre et c’est encore mieux ! Après il y a tout de même des points communs avec les dystopies : la fuite, la rébellion, le retour à la nature etc.

    Ce livre nous fait aussi réfléchir sur la condition humaine, sur le droit de vivre, ainsi que sur la différence entre humains et robots. Il est beaucoup question d’acceptation d’êtres comme Jenna ou Locke. Certains se sont toujours refusé à admettre leur légitimité et ont donc manifesté et fait traîner l’application de certaines lois. Des thèmes tels que la liberté, la technologie, l'humanité. Comme quoi ce livre touche à tout, il a un côté philosophique, remise en question de soi et politique. Il est aussi question de pardon, de remords, de la façon de vivre sa vie et la vie tout court. « Vis ta vie, profite » serait un des messages véhiculés par ce tome.

    En ce qui concerne les personnages, comme je l’ai écrit plus haut, ils me plaisent tous, même les plus méchants. Certains sont des cachotiers, mais je n’en dirai pas plus, l’effet de surprise pendant la lecture étant meilleure ! Parmi les plus attachants se trouve Locke, personnage principal et narrateur. Être dans sa tête a été une belle expérience. C’est sympa de suivre un personnage masculin de temps en temps. Ses sentiments et ses réflexions sont profonds, je me suis vite attachée à lui. Quoiqu’un peu naïf, il n’en est pas moins courageux et sensible. Une sensibilité qui le conduira au bon endroit et à être entouré des bonnes personnes. Il y a aussi Dot. Elle est drôle et audacieuse. On ne peut que l’aimer. Enfin, je citerai Miesha. La plus brave de tous. Je ne m’attendais pas à l’apprécier autant.  

    Une sorte de triangle amoureux existe depuis le tome précédent. Ici, il est le fil conducteur du récit, à travers la relation compliquée entre Kara et Locke et les pensées de ce dernier. Quelques petites scènes mignonnes par-ci par-là, mais ne vous attendez pas à des passages à l’eau de rose. Et c’est bien mieux comme ça ! (Attention, j’adoooore les romances gnangnan dans les livres en général, mais là, la dose est impecc' !).

    Tout ça pour finir sur une fin géniale, digne d’un film. A la fois tragique et happy ending. La saga pourrait s’arrêter là, mais le lecteur veut connaître la suite des événements. Heureusement qu’il y a un tome 3 ! J’ai hâte de le lire d'ailleurs...

    Ah et sinon, j’ai envie de goûter une pêche au chocolat maintenant…


Ce tome 2 peut être lu indépendamment du premier, mais je recommande fortement de lire Jenna Fox, pour toujours avant ! Les deux histoires sont certainement reliées. Je trouve cette trilogie innovante, les trois tomes se déroulant à des années d’intervalles (près de 260 ans entre le tome 1 et le 2 !).


Quelques citations tirées du livre parmi toutes les belles phrases du texte :

 «  Ce sont les autres qui vous rendent sage. » p.48

«  Essaie de voir ça comme un voyage, Locke. Un voyage au long cours. Pas un sprint. Tu trouveras ton chemin. » p.79

«  Nombreux sont les moments que nous imaginons à l’avance. Nous répétons la scène dans notre tête en tâchant d’orchestrer nos gestes et nos paroles jusqu’à que tout soit parfait. a moins que ce ne soit simplement moi, qui ait vécu enfermé dans mon crâne plus longtemps que quiconque dans toute l’histoire mondiale. Peut-être que personne ne peut vraiment prédire son comportement à tel ou tel instant. Peut-être sommes-nous tous le jouet des circonstances, même quand nous avons planifié le moindre détail. » p.209

« C’était le début de l’ère de la vie privée. A l’exception de la carte d’identité publique, tous les dispositifs permettant de récupérer des données personnelles ont été mis hors la loi. » p.237

« Peut-être avons-nous tous effectivement une zone d’ombre en nous, une zone où vivent les idées noires et nos rêves les plus sombres, mais cela ne définit pas pour autant ce que nous sommes. » p.384

« Le changement ne se fait pas en un jour. Il est façonné par ceux qui ne baissent pas les bras. » p.394


La saga:
 Fox Forever