30 septembre 2015

[Journée mondiale de la traduction 2015] Concours livresque



[CONCOURS TERMINÉ]
Gagnant : Jehanne Henin


Ça y est, nous y sommes. Le 30 septembre c'est aujourd'hui, alors...


Joyeuse Saint Jérôme ! Bonne fête des traducteurs !


À cette occasion (et à l'occasion du 200e article du blog, brouillons compris haha), j'organise un deuxième et dernier concours sur le blog pour clôturer cette semaine « spéciale traduction ». Qu'y a-t-il à gagner ? Combien y aura-t-il de gagnants ? Jusqu'à quand pouvons-nous participer ? Toutes les infos ci-après !

Les consignes :



Règlement :
Il y aura un tirage au sort. Toute participation incomplète ne sera pas prise en compte.
Si le gagnant ne se manifeste pas dans les 72 heures, une autre personne sera tirée au sort.
Je ne demanderais les adresses mail et postale qu'au gagnant.
Vous avez des chances supplémentaires (+1 pour chaque) si vous me suivez sur Twitter et/ou Facebook et si vous partagez cet article via les réseaux sociaux (pensez à me fournir les pseudos et les liens qui le prouvent).
Si je dépasse les 10 participants, il y aura un deuxième gagnant !



Un grand gagnant remportera un des éléments suivant, selon son choix :
Le livre Hunting Lila de Sarah Alderson (en papier ou en e-book) ;
Un livre traduit par Anne Guitton (voir la liste) ;
Un livre traduit par Vanessa Rubio-Barreau (voir la liste) ;
Un livre de ma bibliothèque à donner (la liste lui sera communiquée dans un mail) ;
Un livre de son choix ne dépassant pas les 20 € ;
+ des goodies (marque-pages, carte postale, post-its etc.).

 
Bonne chance !

28 septembre 2015

[Journée mondiale de la traduction 2015] Interview avec Vanessa Rubio-Barreau


Après l'interview exclusive avec la traductrice littéraire Anne Guitton jeudi dernier, la semaine « spéciale traduction » reprend ce lundi avec une interview avec Vanessa Rubio-Barreau, à qui nous devons, entre autres, la saga Quatre filles et un jean. Grande fan des aventures des quatre jeunes filles, j'étais très heureuse lorsque la traductrice a accepté de répondre à mes questions. Sans plus attendre, découvrez ses réponses sur son quotidien de traductrice littéraire.

1) [Ingreads.] Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

[Vanessa Rubio-Barreau] Je vis en région parisienne avec mon mari, mes 3 filles et notre chat. J’ai toujours été passionnée par la littérature jeunesse, les langues et l’écriture… si bien que j’en ai fait mon métier.

2) Quelles sont vos langues de travail ?

Français et anglais.

3) Comment êtes-vous devenue traductrice ? Quelles ont été vos motivations ?


Quand j’étais plus jeune, je dévorais tous les romans qui me tombaient sous la main. J’adorais en particulier ceux de Roald Dahl et d’Agatha Christie. Mais un jour, ma mère m’a dit que j’étais un peu grande pour lire ça. J’ai donc dû ruser… en relisant mes ouvrages préférés en VO sous prétexte de travailler mon anglais. Après avoir lu l’œuvre intégrale de Roald Dahl et d’Agatha Christie en français, je m’y suis replongée avec délices, en anglais, cette fois.

Je crois que c’est ainsi qu’est née ma « vocation » de traductrice.

Ensuite, c’est un peu le hasard des rencontres. Au cours de mes études de Lettre Modernes, je me suis découvert une passion pour la linguistique, j’ai donc enchaîné par des études de Sciences du Langage, puis j’ai fait un DESS d’édition. Et alors que je travaillais à mon compte, en revoyant les traductions des autres, une éditrice m’a proposé d’essayer de traduire moi-même… Je n’ai pas cessé de traduire depuis !


4) Pouvez-vous nous décrire votre processus de traduction ? Par exemple, lorsque vous commencez, lisez-vous le livre en entier ou juste le début et vous traduisez petit à petit ?

Je lis d’abord tout l’ouvrage, en notant déjà des idées de traduction et en repérant ce qui va me donner le plus de fil à retordre – les adaptations nécessaires, les jeux de mots à trouver, par exemple –, et ensuite, je traduis. Enfin, je relis soigneusement mon texte, je l’arrange, je réécris certains passages, je corrige.

J’ai remarqué que si je traduis sans avoir lu le texte auparavant, je peine, j’avance moins vite.


5) Quels outils utilisez-vous lorsque vous traduisez ? Utilisez-vous d’ailleurs les mêmes qu’un traducteur technique (Trados, MemoQ etc.) ?

Dictionnaires numériques ou papier, français, anglais et anglais/français. Parfois dictionnaire visuel ou dictionnaire spécifique à une thématique (vocabulaire de la marine, de l’aéronautique…), pour les romans « young adults », j’ai pas mal recours à l’Urban Dictionnary en ligne (pour les expressions récentes, à la mode, le langage familier…)

Je n’emploie pas du tout les logiciels de traduction technique.


6) Quelles sont les spécificités ou difficultés propres aux textes jeunesse ?

Il y a souvent beaucoup d’humour, de jeux de mots, de poésie dans les textes pour la jeunesse, notamment dans les albums. Si tout se joue sur les sonorités, il va falloir rendre cette musique de la langue, comme si on traduisait un poème, trouver des idées pour adapter les jeux de mots, s’attacher avec un soin particulier à l’adaptation des noms de personnages s’ils sont signifiants.

Ensuite, en littérature jeunesse, on se donne sans doute plus de liberté d’adaptation qu’en littérature générale, parce qu’il faut que le texte soit accessible au public visé. Et selon moi, c’est un bien, car sous prétexte de fidélité au texte d’origine, les traductions de romans « pour adultes » passent parfois à côté de l’âme du texte, sont lourdes, et ne rendent pas justice au texte d’origine (bref, elles sont parfois ratées et sentent à plein nez la traduction).



7) Par rapport aux textes que vous traduisez, avez-vous le sentiment de les « trahir », de trahir l’auteur, ou êtes-vous plutôt contente de pouvoir les remanier ?

J’ai un peu répondu à cette question dans la précédente. Quand j’adapte un peu le texte, que je m’éloigne d’une traduction purement littérale, c’est au contraire pour bien rendre le texte d’origine, pour le transmettre dans toutes ses dimensions aux lecteurs français. Je n’apprécie guère qu’on me dise « oui, mais en anglais, on a tel mot, le dictionnaire donne cette traduction, et tu as traduit autrement ». Si je choisis, un mot, une expression pour traduire, je le fais consciemment, dans un but précis. Il n’y a pas de correspondance mot à mot entre deux langues, notre travail est bien plus complexe et subtil que ça. Sinon, autant faire traduire le texte par un traducteur automatique ;-)

8) La traduction a-t-elle fait de vous une lectrice différente ? Si oui, pouvez-vous nous dire en quoi ?

Comme je le disais plus haut, j’ai maintenant beaucoup de mal à lire des textes traduits… de l’anglais et même d’autres langues car je peste dès que « ça sent la traduction », je vois la langue d’origine au travers, je sens que l’écriture n’est pas naturelle.


9) Vous est-il déjà arrivé de ne pas être publiée ? Si oui, que se passe-t-il pour vous ?

Si un éditeur me demande de traduire un texte qui n’est finalement pas publié, je suis couverte par le contrat, je suis payée quand même. Bien sûr, c’est un peu dommage… Mais ça ne m’est arrivé que rarement pour des textes très commerciaux, ce n’était donc pas dramatique.


10) Conseilleriez-vous d’exercer une autre activité professionnelle en parallèle (comme traducteur auto-entrepreneur, salarié etc.) ?

Je suis maintenant exclusivement rémunérée en droits d’auteur. Avant de vivre complètement de la traduction, j’ai été éditrice-correctrice salariée et à mon compte, j’ai également animé des ateliers d’anglais et d’écriture. Mais en un ou deux ans, j’avais bien plus de travail que nécessaire pour vivre. Le plus difficile est de gérer les délais de paiement des droits d’auteurs, qui n’ont pas la régularité d’un salaire (par exemple, en expliquant la situation à son banquier et en prévoyant un compte épargne avec une réserve pour gérer les fluctuations de revenus).

11) Comment considérez-vous le métier de traducteur aujourd’hui ? Est-il en danger ? Il y a-t-il, selon vous, encore de la place ?

Je ne pense pas que le métier de traducteur littéraire soit menacé par les logiciels de traduction automatique, si c’est votre question. Peut-être est-il davantage mis à mal dans l’audiovisuel, par l’accès en ligne aux séries traduites par des groupements de passionnés (mais qui ne sont pas traducteurs de métier… et ça se sent !).


Je pense qu’il y a effectivement de la place, car personnellement je dois refuser du travail, et on me demande souvent les coordonnées de « bons » traducteurs littéraires – c’est-à-dire des personnes qui savent traduire une langue étrangère, mais aussi écrire avec une vraie plume et une vraie sensibilité qui leur permettent de rendre le texte dans toutes ses nuances en français.

12) Si vous deviez décrire votre métier en trois mots, lesquels utiliseriez-vous ?

Passage, médiation, création.


Un grand merci à Vanessa Rubio-Barreau d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. Si cette interview vous a plu, si vous voulez en savoir plus ou si vous avez tout simplement envie d'écrire, je vous invite à laisser un(des) commentaire(s).

N'oubliez pas de participer au concours en cours sur le blog avant le prochain qui aura lieu mercredi. Vous avez jusqu'à demain mardi, 23h59 ! À la clé : des livres et des goodies ! Demain, on se retrouve également pour un article sur le métier, les institutions et les événements à ne pas rater du monde littéraire.

25 septembre 2015

[Journée mondiale de la traduction 2015] Concours de traduction


[CONCOURS TERMINÉ]

Pour ce troisième article spécial Journée mondiale de la traduction du 30 septembre prochain, je vous propose un concours. Et ce n'est pas un concours comme les autres. Comme son nom l'indique, il est question de traduction. J'ai pour cela choisi un extrait issu du livre Hunting Lila de Sarah Alderson, que j'adore et que j'espère voir un jour publié en France. Que faudra-t-il faire ? Voici le résumé et les consignes :

Quatrième de couverture (traduite par mes soins)
 
Lila a deux secrets qu’elle est prête à emporter dans sa tombe. Le premier : elle peut bouger des objets rien qu’en les regardant. Le deuxième : elle est amoureuse du meilleur ami de son frère, Alex, depuis toujours.

Suite à l’agression qui a exposé son aptitude unique, Lila décide d’accourir vers les seules personnes en qui elle a confiance : son frère et Alex. Ils vivent en Californie du sud où ils travaillent pour le compte d’une organisation secrète appelée l’Unité. Lila découvre que les deux hommes traquent ceux qui sont responsables du meurtre de sa mère il y a cinq ans. Et qu’ils les ont trouvés. Dans un monde où rien ni personne n’est ce qu’il semble être, Lila se rend rapidement compte qu’elle n’est pas seule, qu’il y en a d’autres qui ont des pouvoirs spéciaux, et que le meurtrier de sa mère est l’un d’entre eux…


Extrait :

“I splashed some water on my face and into my mouth and looked up to see myself in the mirror, pale and shadowed as a corpse. Except a ten-day-old corpse would probably look better. My hair was a tangled blonde mess and my lips so white they merged with my skin. I looked down at my legs and, leaning on the sink, carefully peeled off my ripped tights. A bruise about the size of my palm had turned the right side of my thigh an interesting shade of black. It looked gruesome and mottled against the paleness of my skin. I touched it lightly and flinched. I could feel the hardness of congealed blood under the surface. I tested my weight on it – and screamed. I looked back at my reflection, shuddering back a sudden onslaught of tears. I wanted my mum. I wanted Jack. I wanted him to come and rescue me just like he had when I was five and had broken my leg. I wanted my brother, simple as that. OK, truth to be told, I really wanted Alex. I wanted my brother’s best friend every bit as much as I wanted to see my brother, and then some.

Les consignes :

  • Traduire l'extrait en français.
  • Envoyer votre traduction sous format Word (.docx) à ingrid.reads@gmail.com
  • Objet de l'e-mail : Concours traduction JMT 2015
  • Un petit mot dans le mail (c'est toujours plus sympa)
  • Avant le mardi 29 septembre 23h59
  • Être de la France métropolitaine, Belgique, Suisse, Canada ou DOM-TOM

Un grand gagnant remportera un des éléments suivant, selon son choix :
Le livre Hunting Lila de Sarah Alderson (en papier ou en e-book) ;
Un livre traduit par Anne Guitton (voir la liste) ;
Un livre traduit par Vanessa Rubio-Barreau (voir la liste) ;
Un livre de ma bibliothèque à donner (la liste lui sera communiquée dans un mail).

+ des goodies (marque-pages, carte postale, post-its etc.)

Bonne chance !

24 septembre 2015

[Journée mondiale de la traduction 2015] Interview avec Anne Guitton

 

La semaine « spéciale traduction » se poursuit en ce jeudi ensoleillé. J'ai ainsi le plaisir de partager avec vous une interview exclusive avec la traductrice littéraire Anne Guitton, à qui nous devons la saga Les filles au chocolat, entre autres. J'espère que vous aimerez cet article qui vous en apprendra plus sur la personne et sur le métier, que vous soyez de la branche ou non. Sans plus tarder, voici mes questions et ses réponses (très détaillées)...


1) [Ingreads.] Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

[Anne Guitton] Je m’appelle Anne Guitton, je vis en région parisienne et je suis traductrice littéraire. Je travaille à la fois pour des éditeurs jeunesse comme Nathan, et pour des maisons comme Flammarion ou Marabout qui publient aussi bien des romans que ce qu’on appelle de la « non-fiction ».

2) Quelle(s) langue(s) traduisez-vous ?

Je traduis uniquement de l’anglais, bien que je parle également espagnol.

3) Comment êtes-vous devenue traductrice ? Quelles ont été vos motivations ?

Beaucoup de traducteurs littéraires arrivent à ce métier un peu par hasard, mais dans mon cas on peut presque parler de vocation ! Quand j’étais (beaucoup) plus jeune, je rêvais d’être bibliothécaire. Et puis, au collège, j’ai découvert les langues étrangères, et l’existence des traducteurs. Ma décision était prise : je voulais faire ce métier. Ensuite, j’ai eu la chance de réussir mes études littéraires (bac L, prépa, licence LLCE), puis d’intégrer une excellente formation spécialisée en traduction littéraire où j’ai beaucoup appris (le master pro de Charles V, à l’université Paris 7).

4) Depuis combien de temps exercez-vous ce métier ? Vivez-vous de votre activité de traductrice ?

J’exerce ce métier à plein temps depuis 9 ans maintenant, et à l’exception d’une année de pause (où la quasi absence de contrats m’a obligée à faire un détour par une agence de traduction technique), j’ai toujours réussi à en vivre. J’ai eu beaucoup de chance, car ce n’est pas vraiment la norme, surtout les premières années. 

5) Choisissez-vous les œuvres à traduire ou vous sont-elles imposées par les éditeurs ?

« Imposées » n’est pas le bon mot, il faudrait plutôt dire « proposées ». Après, il m’arrive de refuser, soit parce que le texte ne me correspond pas, soit pour des raisons d’emploi du temps. Et jusqu’ici, je n’ai pas encore eu l’occasion de traduire un livre que j’aurais moi-même suggéré à un éditeur, bien que cela se fasse aussi dans notre métier. 


6) Êtes-vous en contact avec les auteurs que vous traduisez ? En avez-vous rencontrés en personne ?

Dans la mesure du possible, je demande en effet aux éditeurs de nous mettre en contact, car personne n’est mieux placé que l’auteur pour répondre aux questions de son traducteur ! J’ai donc échangé avec plusieurs auteurs, que j’ai souvent rencontrés ensuite à l’occasion de leurs passages en France pour des salons, par exemple.

7) Quels rapports entretenez-vous avec les personnes qui relisent vos traductions avant toute publication ?

Là encore, cela varie selon les éditeurs, mais il y a toujours au minimum 1 aller et retour (et parfois jusqu’à 3 ou 4) avec la personne qui relit ma traduction, soit au stade du manuscrit, soit plus tard sur les épreuves. C’est un échange très enrichissant, car on a besoin de ce regard extérieur pour peaufiner le texte et aboutir au meilleur résultat possible.

8) Pourriez-vous nous décrire une journée typique de traduction d’un roman (où vous travaillez, combien d’heures, combien de feuillets par jour en moyenne etc.) ?

Comme je suis freelance (ce qui est le cas de tous les traducteurs littéraires), je travaille chez moi. La longueur de mes journées est variable en fonction de l’urgence des traductions, mais pour pouvoir vivre de ce métier, j’y consacre au moins 8 à 10h par jour, bien souvent week-ends compris. Et dans les (fréquents) moments de rush, c’est évidemment bien pire ! Pour ma part, j’ai la chance de traduire assez vite au stade du premier jet, avec entre 20 et 30 feuillets par jour – après quoi il faut rajouter les recherches, temps de « repos » et relectures nécessaires avant d’aboutir à une traduction définitive, ce qui représente au moins autant de travail que le premier jet. Mais bien sûr, cela dépend avant tout du type de texte que je traduis.

9) Par rapport aux textes que vous traduisez, avez-vous le sentiment de les « trahir », de trahir l’auteur, ou êtes-vous plutôt contente de pouvoir les remanier ?

Trahir, j’espère que non, ou alors c’est que je me suis trompée de métier ! Ce que je tente de faire, c’est plutôt de transmettre, de retranscrire une histoire et surtout un style pour que les lecteurs français vivent une expérience similaire à celle des lecteurs de la langue d’origine. C’est là toute la difficulté de la traduction littéraire, mais aussi ce qui la rend passionnante, parce qu’il n’y a pas de recette magique pour y arriver. Il faut constamment prendre du recul, et essayer de garder un regard objectif sur ce qu’on écrit – même si c’est par définition impossible ! On peut comparer cela au travail d’un acteur, qui se coule dans un personnage différent pour chaque film (mais avec l’ego en moins, car la qualité première d’un traducteur est sans doute la discrétion).


10) Imaginez que la personne lisant cet interview souhaite se lancer dans cette carrière, sans diplôme ni expérience dans le domaine de l’édition, que lui conseilleriez-vous pour se lancer ? Pour décrocher un premier contrat ?

Je commencerais par lui souhaiter bon courage, car ce n’est pas évident… sans expérience ni contact, c’est même presque mission impossible. En gros, il y a deux voies principales pour mettre un pied dans le milieu. Les stages, d’abord, qui permettent de se faire connaître des éditeurs (même si ça ne suffit pas forcément ; à l’issue de ma formation, qui incluait un stage en maison d’édition, nous étions seulement 2 sur 15 à décrocher directement un contrat). Et la « candidature spontanée » accompagnée d’une proposition de texte : si vous découvrez un livre qui sort vraiment de l’ordinaire, encore libre de droits, et que vous le proposez à une maison à qui il correspond particulièrement, il existe une petite chance pour qu’elle décide de l’acheter et vous en confie la traduction (mais là non plus, ça n’a rien de systématique : au mieux, on ne vous répondra jamais, et au pire, ce sera un autre traducteur qui en héritera !).

11) Comment considérez-vous le métier de traducteur aujourd’hui ? Est-il en danger ? Il y a-t-il, selon vous, encore de la place ?

Si par danger vous entendez l’arrivée de logiciels de traduction automatique etc., je dirais que non, parce qu’aucune machine ne parviendra jamais au niveau de subtilité du langage qu’implique la traduction littéraire (par opposition à certains types de traduction technique – et encore). Au niveau du statut du traducteur, la France est plutôt en avance sur la plupart des autres pays : c’est un métier reconnu et décemment rémunéré, dont beaucoup de gens parviennent à vivre, ce qui est loin d’être le cas partout. La question de la place est plus complexe, et je n’ai pas tous les éléments pour y répondre, mais j’ai tout de même l’impression qu’il existe une sorte de roulement. Les nouveaux traducteurs qui arrivent sur le marché parviennent à décrocher des contrats, entre autres parce qu’ils sont mieux formés que l’ancienne génération – reste à savoir si ce renouvellement est équilibré ou s’il finira un jour par y avoir un phénomène de saturation. Une chose est sûre, c’est un métier où rien n’est jamais acquis, et où on peut très bien se retrouver brusquement sans contrat après des années d’expérience ; c’est un risque à prendre, mais qui selon en moi en vaut la peine !

12) Si vous deviez décrire le métier de traducteur en trois mots, lesquels utiliseriez-vous ?

Solitaire, ce qui peut paraître négatif mais ne l’est pas du tout pour moi ; créatif, parce que cela reste avant tout de l’écriture, et que le travail de transposition d’une langue à l’autre nécessite une invention permanente ; et bien sûr passionnant, car chaque livre est l’occasion de découvrir un nouvel univers.


Un grand merci à Anne Guitton pour sa générosité et pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. Si cette interview vous a plu, si vous voulez en savoir plus ou si vous avez tout simplement envie d'écrire, je vous invite à laisser un(des) commentaire(s).

Quant à nous, chers lecteurs, on se retrouve demain pour un concours de traduction, avec à la clé... des livres ! Vous en saurez plus dans l'article de participation, alors pensez à revenir sur le blog !

23 septembre 2015

[Journée mondiale de la traduction 2015] Introduction


Le 30 septembre prochain, soit dans une semaine exactement, nous fêterons la Saint Jérôme. Pourquoi vous parler d'un certain Jérôme ? Tout simplement parce que Saint Jérôme est considéré comme étant le traducteur officiel de la bible en langue latine au 3° siècle de notre ère, et qu'il est considéré comme le saint patron des traducteurs et traductrices. C'est ainsi que l'on célèbre chaque année la Journée mondiale de la traduction à cette date, depuis 1991, bien que la FIT (Fédération internationale des traducteurs) le célèbre depuis 1953. Et en tant que traductrice, il me fallait parler de cette journée spéciale, aussi bien historiquement que professionnellement.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur la partie historique, permettez-moi de vous en dire plus sur ce que signifie la traduction pour moi et laissez-moi vous expliquer pourquoi j'ai eu envie de mettre en avant ce jour précis.

Bilingue espagnol/français depuis mon plus jeune âge, j'ai vite compris qu'une langue était le meilleur moyen de communication mais aussi le plus grand frein. Quand on est à l'école ou avec ses parents, on parle français. Quand on part voir la famille en Espagne, on parle... espagnol, non ? J'ai eu la chance de grandir avec deux langues et je ne voulais pas m'arrêter là. L'anglais, la langue des films et des séries US, la LV1 au collège/lycée, la langue de Shakespeare et autres grands écrivains, était essentiel, je devais apprendre cette langue, quitte à apprendre par cœur les verbes irréguliers, encore et encore. J'adore, j'adore, j'adore ! Parler, écrire, écouter, apprendre, apprendre, apprendre. Fac de langues et de traduction, Erasmus, done. Pas assez ? Aller, j'apprends le portugais.

J'ai soif d'apprendre, je veux plus de mots, d'expressions, je veux en savoir plus sur les cultures. J'aime parler, faciliter les échanges, la compréhension et le dialogue entre différentes cultures. À l'ère de la mondialisation, c'est devenu primordial. Mais j'aime aussi écrire : trouver les mots justes pour transmettre un message, une idée. Je veux être traductrice littéraire. Je veux créer, partager, rédiger. Je veux permettre aux lecteurs français de ne pas passer à côté de merveilles. Je veux leur permettre de s'évader du quotidien ou de lire sur le quotidien. Un quotidien différent du leur, qui peut faire du bien. Je veux leur faire découvrir des paroles sages, leur faire connaître des citations qu'ils noteront sur leur agenda ou partageront sur les réseaux sociaux.

« Les écrivains produisent une littérature nationale, les traducteurs rendent la littérature universelle. »
- José Saramago

Je suis fière d'être traductrice et je soutiens cette initiative. Je veux faire connaître le métier de traducteur, partager mon quotidien professionnel, promouvoir la richesse des langues : « la diversité culturelle est aussi nécessaire pour le genre humain que la biodiversité dans l’ordre du vivant » (Déclaration universelle sur la diversité culturelle). Il est important de préserver la pratique des sept mille langues parlées dans le monde.


Alors pour cela, je vous invite à participer à cette semaine « spéciale traduction ». Qu'est-ce-qu'il y aura ? Voici ce qui vous attend jusqu'au jour J :

  • Mercredi 23 septembre 2015 : Introduction
  • Jeudi 24 septembre 2015 : Interview
  • Vendredi 25 septembre 2015 : Concours de traduction
  • Lundi 28 septembre 2015 : Acteurs et événements
  • Mardi 29 septembre 2015 : Interview
  • Mercredi 30 septembre 2015 : Concours livresque

22 septembre 2015

Quotidien #7 Mes outils de travail

Un architecte a besoin d'un crayon pour réaliser ses plans. Un boulanger a besoin d'un four pour cuire son pain. Un traducteur a besoin d'un ordinateur pour traduire. Mais pas que. Aujourd'hui je vais vous parler des outils que j'utilise tous les jours pour mes traductions et relectures. Au programme : nouvelles technologies et ancienne méthode.


Primo, s'il y a bien un outil indispensable pour un traducteur, c'est son ordinateur. Bien que certains utilisent encore un stylo et un cahier (sérieux ?), l'ordinateur reste le support le plus utilisé, et il est le plus recommandé. Il est plus judicieux d'avoir un ordinateur portable, afin de faciliter les déplacements (professionnels, ou juste pour changer de cadre), et donc un bon clavier, une souris et avant tout... une connexion à Internet, sûre, fiable et si possible, pas trop chère.

Secundo, il peut être très utile d'avoir des logiciels, du type Trados ou MemoQ, pour traduire plus rapidement et efficacement, si vous en avez les moyens. Bien entendu, s'il s'agit de traduction littéraire, mieux vaut ne pas en utiliser (à mon avis) étant donné qu'il ne s'agit pas de répéter le vocabulaire déjà utilisé mais de créer (je sens que je vais me faire lyncher !). Aussi, il faut avoir à jour Word, PowerPoint, Excel, Adobe pour PDF ou tout autre outil informatique permettant l'ouverture correcte des documents et des liens des clients.

Tercio, il faut être bien entouré (merci chéri) de dictionnaires, de sites de recherche et autres sites terminologiques. Parmi ceux que je vous conseille, vous trouverez Google (et surtout Google Image, pour avoir une meilleure idée de ce à quoi ressemble tel ou tel objet, ça vous sauve parfois le vie !), l'IATE, WordReference, Termium, Linguee, Proz, Larousse, FranceTerme et tout dictionnaire papier ou numérique, unilingue ou bilingue, illustré ou non. 

Enfin, avoir une adresse mail et un numéro de téléphone professionnels, des dossiers bien rangés (dans votre bureau ou sur votre disque dur) et un agenda bien organisé pour ne rien laisser passer est très recommandé !


Cet article vous a plu ? Me conseillez-vous d'autres outils d'aide à la traduction ? N'hésitez pas à partager votre avis, vos trouvailles et vos méthodes en commentaire ! J'aime vous lire ;-)

8 septembre 2015

Quotidien #6 Face aux doutes

Non, cet article n'a rien à voir avec l'émission de 6ter. Je vais simplement vous parler de mes doutes et des obstacles auxquels je suis confrontée tous les jours en tant que traductrice indépendante.

Dans deux de mes articles précédents, je mets en avant les points forts et les points faibles de travailler à son compte, en donnant des conseils, sans pour autant entrer dans les détails sur ce qui ne va pas. J'ai donc décidé de partager avec vous mes craintes (et non, je ne parlerai pas de ma phobie des araignées).



★ Sauf projet en cours ou déjà planifié, je ne sais pas de quoi sera fait demain. Contrairement à un poste en entreprise où l'on sait que l'on aura du travail et qu'on sera rémunéré peu importe la quantité dudit travail, je n'ai aucune idée de ce qui viendra, si j'arriverai à avoir assez de travail et donc suffisamment d'argent pour bien finir le mois.

★ Je prends mes vacances à mes risques et périls. Je ne suis pas rémunérée. Mais bon c'est un choix... que j'assume !

★ Je postule, je prospecte, je reste active sur le net... mais je n'ai pas de retour, ou on n'a pas besoin de moi, ou je n'ai pas assez d'expériences. C'est parfois décourageant. Je sais qu'il faut persévérer, je le fais, car c'est uniquement de cette façon qu'on aura de nouveaux clients et de nouveaux projets. Mais l'inévitable est là, je me remets en question : est-ce que ce sont mes compétences ? le courant n'est pas bien passé ? est-ce que ce sont mes tarifs ? 

★ Pour prospecter, il faut du temps car il faut adapter en fonction du client en ayant au préalable bien pris connaissance de son profil. Certes, lorsqu'on n'a pas de projet en cours, on a le temps... il faut donc de la motivation ! Et elle n'est pas toujours là quand on débute.
 
★ Je dis non a certains projets et, comme tout le monde, je me demande toujours si j'ai bien fait...

★ Je me sens un peu seule chez moi parfois... Certes, je n'ai pas de collègue enquiquineur ni de trajet à faire, mais j'ai besoin de contact humain ! Heureusement que l'amoureux est là matin-midi-soir et que j'arrive à caser quelques activités en semaine.


Je suis quelqu'un de motivée en général, mais il arrive de temps en temps que je me demande si j'ai bien fait de suivre cette voix et si je ne perds pas mon temps, que je me sente coupable de ne pas travailler alors que tout le monde autour de moi travaille. Heureusement, je suis soutenue par mon entourage et ces moments de doutes ne sont que passagers. Sur ce je vous laisse, j'ai un projet à finir !